Dans
son livre Et si on s’y mettait…
Jacques Ménard propose dix
grands chantiers pour bâtir une
société dynamique qui fait preuve de
vitalité. Sans retomber dans toutes
les données statistiques du livre,
qui comme dans Éloge de la
richesse d’Alain Dubuc sont
saisissantes (impossible de rester
indifférent : c’est l’équivalent
d’une radiographie!), je vous
propose de décortiquer deux
chantiers proposés afin de voir
comment vous pouvez les faire
évoluer dans votre contexte. Mais
avant, je vous donne un peu de
contexte.
Comment en sommes-nous arrivés là?
Tout comme dans nos vies
personnelles, où même dans une
entreprise qui fait face à une crise,
les choses se déclenchent rarement
suite à un seul et unique événement.
C’est plutôt une série d’éléments
qui, juxtaposés les uns aux autres,
créent une situation de crise.
J’aime rappeler à mes clients que
l’état de leur vie (bon ou mauvais)
est la synthèse de leurs choix.
Lorsque nous sommes face à une crise,
le premier facteur est souvent le
manque d’écoute. Nous n’avons pas
écouté les symptômes et nous
refusons de faire face à la
situation.
L’état de la situation au Québec est
plus qu’inquiétant. La juxtaposition
des situations suivantes :
vieillissement de la population,
chute du taux de fécondité, bas taux
de rétention des immigrants, dette
exorbitante, taux d’analphabétisme (j’en
suis presque tombée en bas de ma
chaise) et de décrochage scolaire,
gel des frais de scolarité,
engorgement de la santé, état des
infrastructures et des routes,
manque de productivité, parité du
dollar et j’en passe, contribue à
créer un contexte d’avenir difficile
pour la province. De plus, selon un
sondage CROP de mars 2007, 45% des
jeunes ont signalé qu’ils seraient
prêts à aller travailler ailleurs
sans hésitation. Dans un contexte où
nous aurons deux retraités pour un
travailleur, c’est une très mauvaise
nouvelle.
Continuer à se former
Alain Dubuc proposait également la
piste d’action suivante : poursuivre
notre formation et investir
massivement dans l’éducation. Ménard
nous informe qu'un sondage de 2003
révélait que 55% des Québécois
francophones éprouvaient des
problèmes pratiques de lecture.
Parmi eux, 30% des jeunes n’avaient
toujours pas de diplôme d’études
secondaires à l’âge de vingt ans, et
seulement 60% arrivaient à le
terminer dans le délai normal de
cinq ans. Dubuc signale aussi que,
dans une étude de l’OCDE, le Québec
se classait 17e sur 18
pays (et le Canada 12e)
en ce qui concerne le taux moyen de
participation en formation continue,
et le Québec est au dernier rang
pour la participation moyenne de
formation continue liée à l’emploi.
Ouch!
Pourtant, c’est au Québec que cela
coûte le moins cher de s’éduquer.
Évidemment, notre action personnelle
est rapide dans ce dossier :
s’assurer d’augmenter nos
compétences, continuer à suivre de
la formation tous les ans dans notre
champ d’expertise, stimuler une
culture d’entreprise où la formation
est au cœur de l’organisation.
Emploi-Québec offre en plus du
soutien à ce niveau. Une entreprise
avec laquelle j’ai le plaisir de
travailler a créé une sorte
d’université interne présentant
régulièrement des séances de
formation pendant les heures des
repas. Ceux qui y assistent peuvent
cumuler des crédits échangeables
pour différentes choses. Le plus
beau, c’est que cette année un
employé a proposé de transformer les
crédits collectifs en argent, et de
faire un don à un organisme au nom
du groupe! Les gens étaient emballés
par l’idée. Vraiment, ça c’est
génial!
Jacques Ménard propose aussi des
idées comme adopter une école et
l’aider en renflouant sa
bibliothèque, en faisant un don de
matériel informatique ou encore en
allant parler de possibilités de
carrière dans votre domaine. Ou
encore de faire un don à une
université qui fait de la recherche.
J’ajouterai : «pourquoi ne pas
choisir un champ de recherche qui
vous tient à cœur afin de lier le
tout à vos valeurs personnelles?»
Dans mon quartier, un groupe de
parents en avait assez d’avoir une
cour d’école délabrée. Ils se sont
ralliés et ont fait une campagne
pour amasser 200 000$. Parmi leurs
arguments de collecte de fonds
auprès des gens du quartier : une
école en bon état attirerait plus de
familles et maintiendrait une
meilleure valeur des propriétés.
Même les propriétaires sans enfants
pouvaient y voir un bénéfice.
Difficile pour le Conseil scolaire
ensuite de se retirer par faute de
budget lorsque les parents sont si
mobilisés.
Améliorer notre productivité
Dans son livre Jacques Ménard
intitule ce chapitre : La
productivité n’est pas une MTS.
Je ne peux m’empêcher de sourire,
l’image est si percutante! La
productivité a fait toute une
controverse au Québec à cause des
interventions de Lucien Bouchard. Le
tout a été interprété comme si on
tentait de dire que la population
était paresseuse, car au Québec le
mot productivité semble être
automatiquement synonyme de
travailler plus. Toutefois, penser
que la productivité inclut
uniquement plus de travail, c'est de
limiter la compréhension réelle de
ce terme et des leviers qui peuvent
être activés.
Dans sa grande perspective, la
productivité passe par de meilleures
technologies et équipements ainsi
que des processus de production
améliorés. C’est d’ailleurs un des
facteurs qui a contribué à l’essor
de la productivité des États-Unis
qui a investi massivement dans les
technologies de l’information. À
titre d’exemple, il y a quelques
semaines, j’étais en conférence
téléphonique avec un représentant
d’une console de gestion à l’autre
bout des États-Unis, en deux temps
trois mouvement, il m’a fait
parvenir par l’entremise d’un
logiciel de webminaire (c’est comme
un séminaire sur le Web), l’accès à
la console où il pouvait me guider
pendant la présentation. En peu de
temps, j’ai eu toutes les
informations dont j’avais besoin
pour me faire une idée et être en
mesure de prendre une décision. Je
savais que cette technologie
existait (comme bien d’autres), mais
la différence c’est que nos voisins
s’en servent abondamment.
Dans le quotidien simple et concret,
augmenter notre productivité c’est
soigner nos habitudes de travail,
réduire les interruptions et
augmenter notre concentration,
rassembler les tâches, augmenter
l’efficacité des réunions, peaufiner
nos aptitudes à communiquer
efficacement et développer nos
compétences. Pour les organisations
et les entreprises, c’est investir
de façon importante dans les
infrastructures de production (machinerie,
équipement, logiciel) et dans les
processus de production, bien former
les gens, améliorer les
communications entre départements,
être tout simplement organisés afin
de retrouver rapidement les choses.
Une cliente, par exemple, a confié à
une organisatrice professionnelle le
mandat de développer (avec un noyau
de l’équipe) une nomenclature de
documents et de former ensuite tous
les membres du personnel. C’est-à-dire
comment classons-nous les documents
dans le serveur pour que l’ensemble
de l’équipe y ait accès et puisse
les trouver très facilement. Cet
investissement a porté fruits en
réduisant les irritants et en
augmentant l’efficacité de tous les
départements.
Avant même d’augmenter le nombre
d’heures de travail, il faut encore
être en mesure de rentabiliser les
heures que nous travaillons. Au
Québec, le taux d’absentéisme pour
congés de maladie, réels ou fictifs,
est extrêmement élevé. Pour les
réels, il arrive effectivement qu’on
tombe malade! Cependant pour les
fictifs, il faut se poser des
questions, car ils sont
symptomatiques d’une culture
organisationnelle en difficulté.
Comme vous pouvez le constater, même
si les chantiers ou les dossiers
semblent bien gros, lorsqu’on lit
des livres tels que Si on s’y
mettait… ou Éloge de la
richesse, il y a une façon de
ramener cela à un geste individuel
qui a de l’impact, ne serait-ce que
dans notre quotidien. Et comme le
slogan environnemental le dit si
bien : pensez globalement, agissez
localement.
À vous maintenant de passer à
l’action! Je vous invite comme les
scouts à poser des gestes qui
laisseront l’endroit que nous avons
trouvé dans un meilleur état qu’à
notre arrivée!
Sophie
Tremblay dirige le groupe Cohésion,
une entreprise de coaching
spécialisée dans les conseils aux
PME. Grâce à du coaching individuel,
des laboratoires de formation ainsi
que des analyses de comportement et
de motivateurs, elle aide les
dirigeants à développer leurs
qualités de leaders et de
visionnaires dans le but de bâtir
des entreprises florissantes et
prospères qui se distinguent par
leur expertise et leur ingéniosité.
En mai 2003, le Réseau des femmes
d'affaires et professionnelles de
l'Outaouais lui a accordé le titre
de Femme d'affaires de l'année.
On peut la joindre à coach@cohesioncoaching.com
ou
www.cohesioncoaching.com.