| |
Par
: Sophie Tremblay, coach de professionnels et d'entrepreneurs
Il est rare que je travaille avec le degré de fatigue de mes
clients, et cela pour une raison très simple : les gens occupés
excellent à reléguer leur fatigue au deuxième plan. La drive
naturelle de ces gens prend le dessus tout simplement.
Toutefois, il y a un facteur déterminant qui permet une lecture plus
juste de l’état d’un client : sa joie! Son degré de joie est un
meilleur indicateur de son bien-être, de la fluidité de sa vie et de
la canalisation de ses forces et de sa concentration. Il faut se
souvenir qu’à la base la très grande majorité des entrepreneurs et
des professionnels ont démarré leur entreprise sur une base de joie
et de passion. Ils étaient enthousiastes à l’idée de bâtir quelque
chose, de monter une équipe, d’exercer leur métier et d’y exceller.
Ils éprouvaient de la joie à suivre leur chemin. Ainsi, cet élan de
base est un très bon baromètre de la pression atmosphérique, voire
entrepreneuriale!
Toutefois, ce baromètre n’est pas exclusif à l’entrepreneurship.
Pour n’importe qui, il est aussi un excellent repère. Mais il
importe de faire une distinction essentielle entre joie et plaisir.
Trop souvent, ces deux concepts sont fondus pour ne pas dire
confondus. Mihaly Csikszentmilahy, un des pionniers de la
psychologie positive qui s’est intéressé au bonheur et au flot (cette
«zone» de cohérence dont on parle souvent en sport) est l’auteur que
j’ai rencontré qui a su le mieux mettre en lumière la nuance qui
distingue ces deux mots.
Selon Csikszentmilahy, la joie est l’expérience du bonheur en action
qui procure une sensation de se sentir complètement vivant.
Le plaisir satisfait plutôt des besoins existants et cherche à
atteindre un équilibre de confort et de relaxation. Quoique
nécessaire pour notre bien-être, le plaisir tend à être plutôt une
force conservatrice puisque, contrairement à la joie, il n’y a pas
de transformation. Csikszentmilahy explique que désirer du plaisir
n’a rien de mal en soi, mais que si cela devient la source
principale de la vie d'un être humain, celui-ci ne grandit pas.
Et voici pourquoi. La joie, ou le sentiment de se sentir
complètement vivant, exige de nous une concentration de toutes les
ressources de notre être. Et, contrairement à ce que nous pouvons
croire, ce n’est pas toujours confortable. Pensez à un problème
épineux que vous avez résolu d’une façon remarquable et qui vous a
procuré un sentiment profond d’accomplissement, voire de fierté et
de bonheur. Pendant le processus vos facultés étaient probablement
très canalisées, comme un alpiniste, qui malgré le froid, la fatigue
et le danger de tomber est concentré, et ne souhaiterait être nulle
par ailleurs. J’ai vu des entrepreneurs être dans un état de
jouissance pendant des négociations délicates, malgré le stress
intense de la situation, car cela exigeait d’eux une présence
complète et le meilleur d’eux-mêmes. Était-ce confortable pour eux?
Non. Est-ce qu’ils se sentaient vivants? Oui. Auraient-ils préféré
sauter à la conclusion sans passer par l’inconfort? Probablement. En
sont-ils sortis grandis et transformés? Oui. Si, c’était à refaire,
le referaient-ils? Absolument… et avec encore plus de précision.
La conclusion des recherches de Csikszentmilahy est essentielle:
lorsque nous vivons à la hauteur de notre potentiel et que nous nous
sentons vivant et épanoui, c’est ce qui guide notre évolution en
tant qu’être humain.
Alors, qu’est-ce que la joie a à voir avec tout cela? Tout. Notre
niveau de joie est une bonne unité de mesure pour évaluer notre
force vitale. Si vous parlez à n’importe quelle personne qui adore
son travail et excelle dans son domaine, remarquez la joie qu’elle
éprouve pour son travail, ses clients, et pour l’équipe qu’elle
dirige. Vous observez là le facteur qui lui permet de se dépasser et
de continuer. Certes, la volonté entre aussi en ligne de compte,
mais la joie joue un rôle primordial. Et la clef, c’est de continuer
à la nourrir car cette dernière alimente notre confiance et nos
souvenirs les plus riches!
Sophie Tremblay dirige le groupe Cohésion, une entreprise de
coaching spécialisée dans les conseils aux PME. Grâce à du coaching
individuel, des laboratoires de formation et des analyses de
comportement et de motivateurs, elle aide les dirigeants à
développer leurs qualités de leaders et de visionnaires pour les
aider à bâtir des entreprises florissantes et prospères qui se
distinguent par leur expertise et leur ingéniosité. En mai 2003, le
Réseau des femmes d'affaires et professionnelles de l'Outaouais lui
a accordé le titre de Femme d'affaires de l'année. Sophie est
également chroniqueuse hebdomadaire à CIMF Rock-Détente 94.9 FM. On
peut la joindre à coach@cohesioncoaching.com ou
www.cohesioncoaching.com. |
|